LES DEUX NYMPHES
Dans la marée humaine du boulevard Saint-Laurent,
Un samedi soir d'été, je circulai à pied
Sans savoir où mes pas allaient me mener
Un peu au hasard, j'allai clopin-clopant
C'est par ce beau soir de nouvelle lune
Qu'au hasard de ma promenade, j'apperçus
Près d'une boîte à lettres, deux nymphes ingénues
Qui se parlaient dans la langue de Manning, Preston
Deux jeunes et jolies nymphes bien profilées,
Aussi grandes que les quenouilles des marais
À les voir, on aurait dit des mannequins,
Mais vivants, contrairement à ceux des magasins
Seules leurs coiffures les distinguaient:
L'une des deux nymphes portait chignon
Et l'autre, longue chevelure, portait
Jusqu'où le chignon perdit son nom
Donc, une première fois, devant elles, je passai;
Puis, devant l'éléphant blanc de Gilbert, chemin, je
rebroussai
Pour repasser à nouveau devant la boîte à lettre
magique
Et ces deux fées qui déclanchèrent en moi des pensées
lubriques
Puis, comme si nous avions communiqué
Par cette science occulte qu'est la télépathie,
Les voilà qui quittent l'endroit où elles prenaient
pied
Et là, commence le jeu du chat et de la souris
En effet, ou je les suis, ou je les précède
Sans qu'elles se rendent compte de ma présence
Au coin de rue suivant, enfin, elles s'arrêtent,
Mais nous n'y fîmes point connaissance
Chacun de notre côté, nous allons consommer;
Moi un jus exotique, elles un café;
Mais nous ne sommes pas installés au même bistrot:
Je suis dans une SHED; elles, dans un DÉPÔT
Puis, après avoir consommé, de vue, je les perdis
Jusqu'à ce qu'elles réapparaissent là où je le
croyais:
Au bal des Anges, je venais de faire mon entrée
Lorsqu'elles réapparurent, comme je l'avais prédit
Si ma rétine les a bien remarquées,
Je suis passé près d'elles inaperçu
Et menotté par une certaine timidité,
Le courage de les aborder, je n'ai pas eu
Après les avoir de nouveau perdues de vue,
Je n'ai pas insisté et j'ai regagné ma piaule
J'aurai pourtant aimé y emmener ces deux nymphes,
Mais ce samedi soir s'avéra un de perdu
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